La vitamine C, un remède miracle ?

• C’est quoi le scorbut ?

Le scorbut est une des plus anciennes maladies de l’humanité. Elle est causée par un déséquilibre nutritionnel qui engendre une forte carence de vitamine C. Le corps devient alors incapable de synthétiser le collagène, c’est-à-dire le « ciment » structurant tous les tissus conjonctifs (peau, artères, dents, gencives, tendons…). Ces symptômes apparaissent généralement dès que les réserves en acide ascorbique de l’organisme sont épuisées.

• Quels sont ses symptômes ?

Les symptômes initiaux du scorbut se manifestent par des maux de tête, une fatigue chronique, et une perte de poids. A mesure que la maladie progresse des œdèmes apparaissent, les gencives gonflent puis saignent, et les dents se déchaussent. A un stade avancé, des saignements multiples du nez, sous la peau et dans les tissus profonds, causent des hémorragies touchant l’ensemble des organes. Et c’est cette hémorragie massive et très douloureuse qui va causer la mort.

• Vous avez dit miracle ?

Cette maladie, apparue dès l’antiquité, s’est manifestée essentiellement pendant les guerres et les famines en conduisant à la mort de très nombreux soldats et de nombreuses victimes de la faim. Elle a aussi fait des ravages en décimant des équipages entiers qui effectuaient de longs voyages en mer, qui les privaient de légumes et de fruits.

En effet, au XVIIIe siècle, la marine britannique subit plus de pertes humaines dues au scorbut que résultant de combats. La maladie était alors redoutée des marins qui l’appelèrent « la peste des mers ».
Un jour, un chirurgien de la marine royale britannique, James Lind, découvre, à partir d’une expérience menée à grande échelle, que quelques gouttes de citron sur des matelots atteints du scorbut leur apportent une guérison rapide. Miracle ! la peste des mers est vaincue ! Il publie ses résultats en 1753 dans son livre, « A Treatise of the Scurvy ». Quelques décennies plus tard, la marine royale généralise l’apport de citrons dans ses navires. Et c’est ainsi, grâce à cette découverte, que les Britanniques s’assurèrent une supériorité et un contrôle des mers du monde. Un second miracle pour l’Empire britannique.

• Encore des miracles ?

Dans les pays riches, les cas sont très rares et apparaissent chez les plus défavorisées. Cette vulnérabilité vient d’un mode alimentaire composé essentiellement de féculant, avec un apport très pauvre, voire une absence totale, de fruits et légumes en raison de leur prix.
D’autres populations, comme les diabétiques, sont aussi exposées à une carence en vitamine C et donc aux premiers symptômes du scorbut. Le Professeur Jenny Gunton, chercheuse à l’université de Sydney, a publié en novembre 2006 dans la revue « Diabetic Medicine » un article faisant la lumière sur le risque accru de carence en vitamine C des diabétiques (1).

En 2015, un enfant de 3 ans et demi a été hospitalisé d’urgence au CHU de Grenoble à cause d’une altération grave de son état général, dont la perte de sa capacité à marcher normalement. Tous les examens ont été effectués pour diagnostiquer la pathologie, sans succès. Un cancer a même été envisagé par les médecins, jusqu’à ce que la mère explique que son enfant était nourri exclusivement de lait entier (2). Le remède de James Lind, appliqué à ce garçon, le sauva. Il retrouva rapidement son état normal.

Récemment aux Etats Unis, un adulte de 65 ans présentait une dyspnée, une fatigue, une anémie, et une anxiété à laquelle venait s’ajouter une dépression. Cet homme fumait depuis 30 ans, vivait seul, et son régime alimentaire était essentiellement composé de pain, de fromage, et de pates. Après de nombreux examens qui ne révélèrent rien, mais au final, en le questionnant sur son alimentation les médecins ont découvert qu’il était scorbutique (3). Là encore, le remède de James Lind fit un miracle. Après une cure de vitamine C, les symptômes disparurent et il retrouva son état normal.

Une autre étude (4) menée par un médecin des services de la médecine interne du CHU de Limoges, le Docteur Simon Parreau, affirme que le scorbut est largement sous-diagnostiqué. Les carences en vitamine C sont, constate-t-il, plus fréquentes que nous le pensions et pourraient toucher plus de 20% de la classe moyenne. La cause de cette carence est une alimentation pauvre en fruits et légumes résultant le plus souvent d’un mode alimentaire « moderne » inadapté à notre métabolisme. « Au départ, raconte le médecin, nous nous étions interrogés sur le cas d’une jeune femme qui n’avait pas du tout le profil d’un scorbutique. Elle avait des saignements inexpliqués et faisait facilement des hématomes. Elle avait en fait un régime totalement déséquilibré, essentiellement composé de fast-food… ». Encore une fois, le remède de James Lind, appliqué à cette jeune femme, lui permit de retrouver une bonne santé.

Et si nous étions tous pré-scorbutiques sans le savoir ? C’est la thèse avancée d’un biochimiste américain, une thèse validée par le Pr. Albert Szent-Györgyi qui n’est pas moins que le scientifique qui a découvert la vitamine C. Un autre appui de taille, le professeur Linus Pauling, seul détenteur à ce jour de 2 prix Nobel non partagé, viendra peser de tout son poids pour faire connaitre du grand public l’urgence d’augmenter les apports recommandés de vitamine C… Quelles sont ses recommandations ? Et qui est ce biochimiste américain qui a réussi à convaincre Linus Pauling et Pr. Albert Szent-Györgyi ? Ne manquez pas la suite dans notre prochain article en vous inscrivant à notre newsletter !

Les références scientifiques :
(1) https://www.reliasmedia.com/articles/139963-diabetes-and-vitamin-c-deficiency-may-be common
(2) https://projet.chu-besancon.fr/pmb/PMB_Ecoles/opac_css/doc_num.php?explnum_id=954
(3) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5914469/#__ffn_sectitle
(4) http://www.em-consulte.com/article/1016737/article/scorbut-la-maladie-des-corsaires-toujours-d-actual

Rédigée par :
Ines RAIS ; Nutritionniste.

Nihed BARNAT ; Ingénieure en Biologie Industrielle